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Histoire de la F1 - Espionnage Ferrari-Mclaren 2007

21 juin 2007 :

La presse révèle que suite à une plainte de Ferrari, le parquet de Modène a ouvert une enquête judiciaire à l'encontre de Nigel Stepney, l'un de ses cadres. Stepney est une personnalité bien connue du monde de la Formule 1 : en tant que chef mécanicien puis manager technique de l'équipe de course, il était régulièrement cité dans les médias spécialisés comme l'un des membres clés de la "Dream Team Ferrari" qui a largement dominé la Formule 1 de 2000 à 2004. Néanmoins, lors de l'hiver 2006-2007, mécontent de la restructuration de l'organigramme de la Scuderia consécutive au départ de Ross Brawn, il s'était ouvertement opposé à sa hiérarchie et avait même exprimé son désir de quitter l'écurie, avant finalement de rester, mais à un nouveau poste ne l'amenant plus à se déplacer sur les circuits.

Dans un premier temps, il apparaît que la plainte de Ferrari à l'encontre de Stepney concerne une tentative de sabotage. Peu avant le Grand Prix de Monaco au mois de mai, une mystérieuse poudre blanche avait en effet été découverte à proximité des réservoirs des Ferrari F2007 et une perquisition au domicile de Stepney en Italie aurait permis de découvrir la trace de cette même poudre sur des vêtements lui appartenant.


3 juillet 2007 :

L'affaire connait un nouveau développement avec l'annonce par la Scuderia Ferrari qu'elle a porté plainte contre Nigel Stepney, cette fois pour communication d'informations confidentielles à un membre (qu'elle ne nomme pas) de l'écurie McLaren Mercedes, sa principale rivale sur les pistes. Quelques heures plus tôt, Ferrari avait annoncé le licenciement de Stepney à l'issue d'une enquête interne6.

Le jour même de l'annonce par Ferrari de l'implication d'un membre de McLaren, l'écurie britannique annonce de son côté avoir suspendu de ses fonctions l'un de ses techniciens. Tout comme Ferrari, McLaren ne donne pas le nom de l'ingénieur concerné mais il ne faut que quelques heures à la presse pour apprendre qu'il s'agit de Mike Coughlan, le chef designer de l'écurie britannique, chez lequel la police britannique a retrouvé quelques jours auparavant des documents techniques confidentiels appartenant à Ferrari. La manière dont Ferrari aurait appris que Coughlan recevait des documents lui appartenant est originale: la femme de Mike Coughlan (Trudy Coughlan) avait été vu faire des photocopies dans un magasin de Woking, à proximité de l'usine McLaren. Un employé de ce magasin, étonné d'apercevoir le logo Ferrari sur les documents photocopiés, aurait alors téléphoné à Ferrari pour les prévenir.

Tandis qu'éclate la nouvelle de l'implication de l'un des techniciens les plus influents de l'écurie McLaren, la principale question qui agite le paddock est de savoir si Coughlan a agit pour le compte de l'écurie McLaren ou pour son propre compte. Le 6 juillet 2007, dans le cadre du GP de Grande-Bretagne, Nick Fry, le directeur de l'écurie Honda F1, révèle qu'il a eu au cours du printemps des discussions (sans donner suite) avec Nigel Stepney et Mike Coughlan, tous deux en recherche d'une nouvelle orientation à donner à leur carrière. Si Fry précise qu'à aucun moment les deux hommes ont évoqué avoir en leur possession des documents appartenant à Ferrari et susceptibles d'intéresser Honda (l'écurie japonaise ne sera d'ailleurs pas inquiétée), cette révélation semble indiquer que Coughlan agissait dans son propre intérêt, et non dans celui de McLaren. L'équipe britannique, qui affirme de son côté n'avoir pas eu connaissance du comportement frauduleux de son employé avant le 3 juillet, invite d'ailleurs la FIA et Ferrari à son usine afin de démontrer qu'en aucune manière, ses travaux ont pu bénéficier des documents retrouvés chez Coughlan.

Cette thèse, favorable à McLaren, ne tiendra que quelques jours. Dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte en Angleterre suite à la plainte déposée par Ferrari à son encontre, Mike Coughlan et sa femme Trudy sont amenés à témoigner le 11 juillet devant la Haute Cour de Justice de Londres. A cette occasion, le couple passe un accord avec Ferrari et s'engage à révéler tout ce qu'il sait, en échange d'un abandon des poursuites. Bien que la déposition de Coughlan soit officiellement secrète, il apparaît rapidement que le technicien anglais a révélé sous serment que d'autres membres de l'écurie McLaren avait connaissance qu'il était en possession de documents techniques appartenant à Ferrari.


26 juillet 2007 : Premier conseil mondial

Les fuites indiquant que le comportement de Coughlan a pu profiter à McLaren amène la fédération internationale, jusque là simple observatrice des procédures judiciaires en cours en Italie et en Angleterre, à se saisir du dossier et à ouvrir le volet "sportif" de l'affaire. Le 12 juillet, la FIA annonce convoquer McLaren devant un Conseil Mondial extraordinaire (la juridiction de première instance de la FIA) afin de s'expliquer sur une éventuelle infraction à l'article 151c de son Code Sportif International. A l'issue de la réunion du Conseil Mondial le 26 juillet, la FIA reconnaît McLaren coupable de possession illégale de documents confidentiels appartenant à Ferrari (ce qui est considéré comme une atteinte à l'article précité), mais ne prononce aucune sanction dans la mesure où il n'existe aucune preuve démontrant que McLaren a fait usage des documents en question. Dans son verdict, la FIA précise qu'elle se réserve le droit de rouvrir le dossier si de telles preuves venaient à apparaître. Bien accueilli par McLaren, le verdict est jugé incohérent par plusieurs acteurs de la F1, et bien evidemment par Ferrari. L'écurie italienne n'ayant pas le droit de faire appel, c'est le président de sa fédération de tutelle (Luigi Maculoso) qui se charge d'en faire la demande auprès de Max Mosley. En raison de la pause estivale observée par le monde de la F1, l'appel est renvoyé au 13 septembre.


13 septembre 2007 : Deuxième conseil mondial

L'affaire connait un rebondissement décisif le 5 septembre, avec l'annonce par la FIA que de nouvelles preuves de nature à démontrer l'utilisation par McLaren de données techniques confidentielles en provenance de Ferrari. De ce fait, la FIA décide d'annuler l'audience du Tribunal d'Appel prévue le 13 septembre, et de convoquer un nouveau Conseil Mondial. Les nouvelles preuves dont dispose la FIA apparaissent comme ayant été fournies par Fernando Alonso et Pedro de la Rosa, deux des pilotes de l'écurie McLaren (respectivement pilote titulaire et pilote essayeur). Ces derniers ont accepté de témoigner contre leur propre équipe en échange de la promesse qu'aucune sanction ne serait retenue contre eux (la preuve d'une implication de leur part dans le scandale aurait pu aboutir sur une suppression de leur super licence, sésame indispensable pour piloter en Formule 1).

A l'issue des auditions, le Conseil Mondial reconnaît l'écurie Mclaren coupable de tricherie, décide de l'exclure du championnat du monde des constructeurs, et lui inflige une amende record de 100 millions de dollars (à noter toutefois que sont inclus dans les 100 millions de dollars le manque à gagner consécutif à l'exclusion du championnat). Par contre, aucune sanction n'est prononcée à l'encontre des pilotes, lesquels conservent leurs points acquis et donc la possibilité de se battre pour le titre mondial. Le lendemain, la FIA publie les attendus de son verdict, d'où il ressort que via des échanges de mails ou de SMS avec Nigel Stepney, plusieurs membres de McLaren (dont Fernando Alonso et Pedro de la Rosa) étaient régulièrement au courant du travail effectué au sein de la Scuderia Ferrari (réglages de la voiture, stratégies de course, etc.)

La décision est accueillie diversement par les obersvateurs. Si certains la jugent très sévère, d'autres font remarquer que le championnat du monde des constructeurs n'a pas l'impact médiatique du championnat des pilotes que Lewis Hamilton ou Fernando Alonso conservent toutes les chances de gagner en ayant bénéficié (directement dans le cas d'Alonso, indirectement dans celui d'Hamilton) des pratique déloyales de leur écurie, ce qui pose un problème éthique. Bien que contestant la sévérité du verdict, l'écurie McLaren renoncera à faire appel. McLaren n'ayant pas fait appel de la sanction de la FIA, le volet sportif de l'affaire Ferrari-McLaren est désormais clos, à cette exception près que l'écurie McLaren devra démontrer à la FIA ne pas avoir tiré profit des données confidentielles appartenant à Ferrari dans la conception de leur monoplace 2008.

Par contre, le volet civil de l'affaire ne fait que commencer. Ferrari avait porté plainte à l'encontre de Nigel Stepney au début de l'été, et les magistrats de Bologne ont élargi leur enquête aux dirigeants de McLaren, accusés de fraude sportive, violation du secret industriel et appropriation frauduleuse. Convoqués en tant que témoins, les pilotes Fernando Alonso et Pedro de la Rosa ont ainsi été amenés à s'expliquer courant du mois.


Date de création : 10/05/2013 - 09:35
Dernière modification : 06/07/2013 - 09:30
Catégorie : Histoire de la F1
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